Entretien avec François Mariani : L’industrie Vauclusienne est en mutation !

Entretien avec François Mariani : L’industrie Vauclusienne est en mutation !

Quartier d’Affaires Avignon/Vaucluse : Monsieur Mariani, pouvez-vous préciser les principaux éléments biographiques vous concernant ? Quel est votre métier de base ? Votre origine familiale ?

François Mariani : Je suis d’une famille d’origine italienne. Mon père était tailleur de pierre. Mon premier métier c’est le bâtiment.  Quand j’ai dû opter pour une nationalité, c’était en 1959, j’ai choisi la France et je suis parti 27 mois faire mon service en Algérie. A mon retour j’ai rejoint l’entreprise familiale dont j’ai repris les rênes en 1970. Aujourd’hui j’ai transmis l’entreprise à l’un de mes fils, et j’ai aussi assuré la transmission des autres entreprises que j’avais créées entretemps.

QA : Vous vous êtes toujours intéressé aux dynamiques commerciales dans le Vaucluse. Depuis combien de temps vous investissez-vous au sein de la CCI ?

FM : Il y a longtemps que je travaille au sein du mouvement patronal. Dans ma fédération d’abord, celle du BTP, puis à l’UPV-MEDEF que j’ai présidée de 1994 à 2002. Enfin, à la CCI depuis 2001.

QA : Quelles ont été les grandes orientations de vos mandats à la présidence de la Chambre ?

Le premier chantier, certains s’en souviennent, a été de rétablir une ambiance de travail saine dans une institution qui s’était laissé entrainer dans un long et douloureux conflit interne. Ensuite, sur ces bases apaisées, avec le concours de l’ensemble des élus, nous avons donné de l’élan à cette institution. Nous avons fait progresser la formation, en termes quantitatifs (nous avons plus que doublé les effectifs) aussi bien que qualitatifs, en ouvrant de nouvelles filières et en poussant nos apprenants vers l’excellence. Une excellence couronnée par deux titres successifs de meilleur apprenti de France. Nous avons aussi bâti une résidence étudiante sur notre Campus. En ce qui concerne les services aux entreprises, nous avons renforcé la proximité, en densifiant nos antennes dans tout le département afin de pouvoir apporter nos services au plus près des bassins économiques. Nous nous sommes engagés dans la création d’entreprise en créant une structure quasi unique en France : La Maison de l’Entrepreneur, dans laquelle nous avons regroupé les services de la CCI consacrés à la création/transmission, mais aussi une douzaine d’associations et d’entités qui y concourent. Le porteur de projet peut désormais trouver toutes les réponses en un seul lieu.

Je ne peux vous citer toutes les actions que nous avons entreprises, tous les combats que nous avons menés, et que nous avons gagnés, je citerai un exemple : l’aéroport d’Avignon. On nous disait « il faut le fermer et jeter les clefs à la Durance ». Aujourd’hui cet aéroport fonctionne. L’aviation d’affaire est en plein essor, tandis que de nouvelles lignes régulières s’ajoutent chaque année. Avignon-Provence est présent sur la carte. L’Aéroport élargit son développement en intégrant le Pôle de compétitivité Pégase dont nous venons de poser la première d’un technopôle industriel.

QA : Comment est structurée la CCI à l’échelle départementale ? Quels sont ses effectifs, ses services, son rôle de formation, etc ?

FM : La CCI est présente dans tout le département à travers ses antennes et ses relais. Ses 240 collaborateurs se répartissent dans les 3 missions principales de la Chambre : Accompagner, Former, Gérer. Accompagner les entreprises de la création à la transmission, avec des experts référents dans de nombreux domaines : création, implantation, développement, export, ressources humaines etc. Former les jeunes et les collaborateurs des entreprises aux métiers qui recrutent, avec notre Ecole Hôtelière, notre pôle Sud Formation Santé, notre EGC mais aussi la Formation Continue avec Campus PME. Gérer, enfin, les équipements publics qui participent à la vie économique du département comme l’Aéroport d’Avignon-Provence, ou le Port fluvial du Pontet, en plein développement lui-aussi et pour lequel nous venons d’obtenir le renouvellement de notre concession.

QA : Quelle est la situation au niveau du commerce vauclusien ? Pouvez-vous expliquer quels sont les équilibres départementaux, les opportunités ou les zones « sinistrées » dans ce cadre ?

FM : Nous nous sommes engagés résolument pour un équilibre entre les différentes formes de commerce. Ce n’est pas un secret, le Vaucluse dispose d’une offre commerciale en grande et moyenne surface particulièrement dense. Est-ce que cela doit se faire aux dépens du commerce de proximité ? Nous ne le pensons pas. Nous nous sommes engagés massivement dans des programmes de gestion du commerce urbain, aux cotés des collectivités locales. L’animation des centres-villes est un métier. Notre action consiste créer des liens, à aider les municipalités à donner ce nouveau souffle.

QA : Que pèse aujourd’hui l’industrie vauclusienne et comment se répartit-elle ?

FM : L’industrie du Vaucluse est en pleine mutation. Des pans entiers ont subi de plein fouet la désindustrialisation générale. D’autres résistent bien, comme l’agroalimentaire. L’action de la CCI a été bien entendu de conforter ces filières historiques. Nous avons réalisé la Cité de l’alimentation et nous soutenons le PEIFL, EcoTrophelia a pris une dimension européenne et porte haut les couleurs du département dans le domaine de l’innovation alimentaire dans le respect de l’écologie. Nous avons aussi Trimatec, qui soutient l’activité industrielle du Nord du Département, et ITER qui impacte la région de Pertuis. La métallurgie reste très présente, comme la filière des matériaux de construction. Mais ce n’est pas suffisant, c’est pourquoi la CCI a un rôle moteur dans l’émergence d’autres filières : la Cité du Végétal, autour de Valréas avec le Pôle senteurs et saveurs ou le Pôle Pégase qui va faire venir toute une filière aéronautique autour de l’aéroport.

QA : Quels sont les grands enjeux à moyen et long termes pour notre département ? En matière d’infrastructures ?

FM : En matière d’infrastructures, l’accessibilité est l’enjeu majeur. Il ne suffit pas d’être traversé par une autoroute pour régler tous les problèmes. D’abord, l’autoroute est vite saturée, on le voit. Ensuite il manque les deux ponts essentiels de la LEO, qui pour l’instant n’est qu’une liaison Nord-Sud. Le fluvial doit être développé : 80 km de rives du Rhône à valoriser ! L’aéroport doit retrouver sa ligne avec Orly. Pensez qu’entre l’une des principales zones de production et le marché national de Rungis, il faut mettre plus de 4 heures de transport là où l’avion met une heure !

QA : Votre lien avec les collectivités territoriales, en général dans le Vaucluse, est-il satisfaisant ?

FM : Nous avons avec l’ensemble des collectivités territoriales des discussions quotidiennes sur l’ensemble des dossiers. Ces discussions nous mènent presque toujours à trouver des points d’accord et les plus grandes réussites sont collectives. On l’a vu récemment lors de la pose de la première pierre du Pôle Pégase ou autour de la CCI était rassemblés le Grand Avignon, le département, la région et l’Europe qui tous ont participé au financement. Bien sur, il peut arriver que nous ne soyons pas d’accord sur tout, c’est normal. Nos experts, par exemple ceux de notre service analyse et prospective territoriale, nous aident à formuler des suggestions, des propositions que nous faisons valoir auprès des collectivités publiques. Elus par les chefs d’entreprise, les membres de la CCI représentent la démocratie du premier mot. Les responsables élus des collectivités locales sont la démocratie du dernier mot. Nous proposons, ils décident.

Propos recueillis par la rédaction